Maman, les p'tits bateaux…

Maman, les p’tits bateaux…
vers cette rive inconnue, loin, si loin.

Embarqués toi et moi, nous osons à peine rêver les lendemains les plus simples : les matins clairs et joyeux d’un enfant ouvrant les yeux sur sa mère endormie, les soirs paisibles d’une mère qui veille au sommeil profond de la chair de sa chair.

A bord de ce bateau, je suis un passager clandestin, une mauvaise surprise découverte avec stupeur. Tu as réagi comme le font tous les capitaines : en colère contre ce mauvais coup de la vie, effrayée par le fardeau inattendu. M’expédier par- dessus bord ? Tu y as pensé, bien-sûr. Mais tu ne l’as pas fait. La traversée sera difficile, plus difficile que si tu étais restée seule, et sa destination n’est pas celle que tu as imaginée. A nous d’en faire une belle traversée !

Dénichons les courants porteurs, évitons les écueils et ne nous laissons pas effrayer par le souffle des bourrasques ! L’amour qui unit notre équipage leur résistera. Le rivage existe et nous l’atteindrons. Nous, et les autres bateaux semblables aux nôtres. Nos routes se rejoignent et s’entremêlent. Par leur nombre, nos embarcations de fortune forment une fière et vaillante flotille.

Tous dans le même bateau, affrontons l’avenir avec confiance. Le jour viendra bientôt où résonnera de la vigie le cri de la délivrance : « Terre ! ». Sur le pont, les oreilles brassées par le vent, certains croiront entendre un autre mot, celui qui, depuis le premier jour berce leur espoir le plus ardent : « Mère ! »